16 au 20 février
L’actualité est géopolitique et l’Europe y est mal préparée. Le discours impérial des Trumpistes, l’offensive technologique et commerciale de la Chine, le défi climatique et la nouvelle révolution numérique changent les coordonnées de la puissance à l’échelle mondiale. Dans ce contexte, les Européens restent partagés entre une culture du déni qui les pousse à faire comme si que le monde « atlantique » pouvait revenir et une volonté de sursaut économique, qui reste, à ce stade, incantatoire.
Dans un style plus policé que celui du vice-Président J. D. Vance un an auparavant, le Secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a délivré à la conférence pour la sécurité de Munich un discours tout à fait similaire sur le fond, dénonçant la lutte contre le changement climatique, la coopération européenne et la démocratie libérale. Les dirigeants politiques européens qui se sont levés pour l’applaudir ont donné une piètre image de leur combativité. Professeur d’études stratégiques, Phillips O’Brien exprime sa surprise devant l’aveuglement européen : l’abandon de l’Ukraine, le relai de la propagande russe et la mise en cause de l’Otan sont pourtant à l’évidence les messages envoyés par Washington.
Les Européens ont tout autant de mal à se réveiller devant le défi chinois. Ils en sont restés à l’image d’une Chine « atelier du monde » capable de produire en larges volumes des produits bas de gamme. Or, la Chine est aussi montée en gamme et maîtrise désormais des technologies clé pour l’avenir détaillent trois économistes, Célia Colin, Sébastien Jean et Olivier Lluansi. L’Europe s’est ainsi rendue dépendante de la production chinoise dans de nombreux secteurs, alors même que Pékin a décidé de faire de sa puissance commerciale une arme géopolitique.
Avec la trumpisation de l’Amérique et l’agressivité commerciale chinoise, la transition énergétique constitue un troisième défi géostratégique de taille. Avec trois ans de retard, la France a publié la semaine dernière sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Celle-ci fixe notamment les équilibres entre énergies nucléaire et renouvelables dans les années à venir. Si la plupart des débats se focalisent sur le mix énergétique, la priorité devrait, selon Pierre-Etienne Franc, être placée du côté des usages, puisque la consommation électrique reste aujourd’hui atone.
La consommation électrique pourrait être dopée par la nouvelle révolution technologique entrainée par l’IA. Le développement fulgurant de l’IA nous fait entrer dans le quatrième cycle du numérique, défend Philippe Lemoine. Celui-ci se caractérise par la puissance des entreprises à tendance monopolistique mais aussi par des fragilités anciennes, notamment la soutenabilité écologique des nouvelles technologies, qui n’ont toujours pas disparu et qui pourraient rapidement saper l’effervescence actuelle.
La finalisation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) peut redonner de la visibilité à un secteur en attente de signaux clairs. Alors que notre scénario de transition implique une électrification des usages, celle-ci reste en deçà des attentes. Du côté de la production, les progrès récents dans le renouvelable bousculent les certitudes françaises sur le bon équilibre du mix énergétique à l’horizon 2050.
Les performances industrielles de la Chine et l’avance chinoise dans certaines technologies de pointe contredisent le scénario qui a prévalu au moment de son entrée dans l’OMC en 2000 : les Chinois ne devaient sortir que progressivement de la sous-traitance bas de gamme et en s’ajustant en termes de prix. Or, aujourd’hui, non seulement ils sont à la pointe de la compétitivité mondiale sur une très large gamme de biens mais ils conservent un avantage de prix considérable. Dès lors, comment les Européens peuvent-ils réagir pour éviter un déclassement industriel et économique qui pourrait être irrémédiable ?
En l'espace de quelques jours, les déclarations de Mark Rutte devant le Parlement européen et le discours de Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité ont révélé l'ampleur de la naïveté des dirigeants européens face à l'Amérique de Donald Trump. Phillips P. O'Brien décrypte ce qu'il considère comme un aveuglement aux conséquences potentiellement catastrophiques.
La diffusion à grande vitesse de l’IA nous a fait entrer dans le quatrième grand cycle de l’histoire du numérique. Rien ne semble pouvoir résister à la puissance des nouveaux outils numériques ni à celle des grandes entreprises qui bénéficient de leur développement. Pourtant, trois failles fragilisent cette nouvelle phase d’expansion et pourraient y mettre un coup d’arrêt brutal.
Série « Pour une refondation de la politique de logement » La politique de l’hébergement en France : quels leviers pour améliorer l’accès au logement des personnes sans domicile ?Par Louise Cormier et le groupe Logement de Terra Nova Les dépenses d’hébergement ne cessent d’augmenter sans offrir de situation stable ni de logement digne permettant un véritable accompagnement vers la réinsertion sociale. Quels sont les blocages actuels à une refonte de cette politique ? Quelles sont les perspectives pour répondre durablement au sans-abrisme ? |
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