Depuis le dimanche 9 juin, le vote des Européens révèle de nouveaux équilibres politiques sur le continent. Nous avons choisi de passer en revue une série de pays dont les évolutions politiques sont particulièrement importantes pour le projet européen : Italie, Espagne, Pologne, Suède et Hongrie.L’ÉDITO
Tour d’Europe des élections
En Italie, le renforcement annoncé depuis longtemps de Fratelli d’Italia emmenés par la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni s’est bien confirmé au détriment de la Lega de Matteo Salvini. Cependant, si le vote illustre la popularité personnelle de Giorgia Meloni et renforce sa position au sein du Conseil européen, la faible participation au scrutin limite l’ampleur de son succès explique Clémentine Paliotta. En face d’elle, le partito democratico, avec près d’un quart des voix, prend clairement le rôle de premier opposant et installe Elly Schlein comme nouveau leader de la gauche italienne.
En Espagne, le bon résultat des deux partis de gouvernement - parti socialiste et parti populaire – qui rassemblent à eux deux 64% des voix (et 42 sièges sur les 61 sièges espagnols au Parlement européen), cache les fragilités et le risque de blocage institutionnel du pays rappelle Pedro Soriano. Le Premier ministre Pedro Sanchez sort conforté du vote européen mais sa coalition, qui dépend de partis régionalistes aujourd’hui en perte de vitesse, apparaît fragilisée.
En Pologne, on peut parler d’une deuxième victoire de Donald Tusk, le Premier ministre, six mois après son entrée en fonctions. Ce résultat lui permettra de jouer un rôle de premier plan en Europe, alors que la Pologne, directement exposée à la frontière de l’Ukraine, revendique un rôle de leader dans l’Union. Le PiS résiste pourtant, à 36% des suffrages exprimés, tempère Pierre Buhler, ce qui révèle la situation d’un pays très polarisé après les années antilibérales du PiS.
En Suède aussi l’extrême droite recule à l’occasion des élections européennes. Le parti des « Démocrates suédois », qui soutient la coalition gouvernementale de droite sans y participer, ne voit pas sa percée électorale précédente des législatives de 2022 confirmée et subit un recul de deux points par rapport aux élections européennes de 2019. Les sociaux-démocrates restent le parti le plus important de Suède mais manquent de partenaires et peinent à convaincre les jeunes électeurs détaille Louis Andrieu.
En Hongrie, la campagne des élections européennes a vu l’émergence rapide d’un nouveau parti d’opposition résume Jacques Rupnik. Alors que l’opposition traditionnelle à Viktor Orban ne parvenait pas jusqu’à présent à s’imposer, c’est du sein de son propre camp qu’Orban a vu apparaître un contestataire inattendu, dans la personne de l’ex-époux de la ministre de la Justice. Au moment où la présidence de l’Union européenne lui revient, le rôle de Victor Orban pourrait être limité par son nouvel affaiblissement intérieur.
En France, la soirée du 9 juin a été dominée, après l’annonce des résultats des élections, par l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale. Le recul annoncé du parti Renaissance laisse apparaître la possibilité d’une nouvelle cohabitation imposée au Président de la République. Celle-ci serait très différente des trois cohabitations précédentes argumentent Jean-Louis Missika et Thierry Pech. Ce qui signifie que la tournure des événements et les résultats de cette cohabitation en 2027 restent largement imprévisibles.
La convocation-surprise de nouvelles élections législatives ne laisse pas assez de temps pour une véritable campagne électorale. Dans le cadre du Nouveau Front populaire, les partis de gauche ont tout de même présenté un programme commun. Que dit le volet économique de ce programme, du côté des recettes fiscales ? Trois économistes en proposent une évaluation chiffrée. Leur présentation permet de se faire une idée plus précise d’un éventuel programme de gouvernement, et peut constituer une bonne base de débat.
NOS ARTICLES DE LA SEMAINE
#LégislativesAnticipées
Une cohabitation du troisième type
La Ve République a connu trois cohabitations : deux sous la présidence de François Mitterrand, la première avec Jacques Chirac de 1986 à 1988, et la seconde avec Edouard Balladur de 1993 à 1995, et une sous la présidence de Jacques Chirac, avec Lionel Jospin de 1997 à 2002. Les élections des 30 juin et 7 juillet 2024 risquent d’en provoquer une quatrième. Peut-on la comparer aux trois précédentes ou sera-t-elle d’un genre totalement nouveau ? Et sera-t-elle de nature, comme entre 1986 et 1988, à consommer le potentiel électoral de celui ou celle qui en sera le Premier ministre comme le croient ceux qui voient là une stratégie possible pour écarter le Rassemblement national de la course à la présidentielle en 2027 ?
#ElectionsEuropéennes
Pologne : la deuxième victoire de Donald Tusk
En Pologne, les élections européennes sont intervenues six mois après le changement de majorité qui avait mis fin à la domination du parti anti-européen PiS. Le parti du Premier ministre Donald Tusk parvient en tête des votes, ce qui conforte sa stature européenne face à un Président français et un Chancelier allemand contestés. Mais sa coalition pourrait se trouver affaiblie et, surtout, le PiS reste un parti puissamment installé dans son rôle d’opposant.
#ElectionsEuropéennes
Suède : la force inemployée des sociaux-démocrates
L’extrême droite suédoise n’a pas confirmé la poussée électorale qui avait fait d’elle l’arbitre des élections législatives de 2022. La progression des écologistes ainsi que le maintien à un haut niveau des sociaux-démocrates ne dessinent pas les bases d’une prochaine alternance politique dans le pays, les questions militaires (alors que la Suède vient de rejoindre l’Otan) et énergétiques divisant sérieusement la gauche.
#ElectionsEuropéennes
Hongrie : un pays-clé de la recomposition populiste du Vieux Continent
Malgré un léger recul du Fidesz, les élections européennes en Hongrie n’ont pas, ébranlé le pouvoir de Viktor Orban à l’intérieur ni affaibli son ambition d’être un acteur dans la nouvelle donne qui s’annonce au sein de l’UE. Elles ont cependant apporté quelques surprises qui pourraient avoir de l’importance pour la recomposition future du paysage politique intérieur et européen, alors même que le 1er juillet, la Hongrie de Viktor Orban prend la présidence de l’Union européenne.
#LégislativesAnticipées
Chiffrage des recettes fiscales du programme du Nouveau Front Populaire
Les économistes Lucas Chancel, Anne-Laure Delatte et Elise Huilery ont réalisé un chiffrage des recettes fiscales que pourrait générer le programme du Nouveau Front Populaire. La publication de ce document ne vaut pas approbation : nous souhaitons simplement le verser à la discussion en cours sur les programmes des différentes formations en lice dans la campagne pour les élections législatives. La Grande Conversation accueillera avec plaisir les contributions qui souhaiteraient en discuter les résultats, notamment au regard des effets induits par les mesures visées sur le comportement des acteurs économiques, qu’il s’agisse des ménages, des entreprises ou de leurs actionnaires.
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La Grande Conversation est la revue intellectuelle et politique de Terra Nova
À travers des publications, des analyses, des articles, nous donnons la parole à la contradiction et à la diversité des points de vue sur les défis du moment.
