Au-delà de ses résultats, une compétition électorale donne lieu à un deuxième temps de confrontation : la querelle des interprétations. De ce point de vue, le résultat des dernières élections législatives françaises est particulièrement difficile à lire. De nombreux électeurs s’étant pliés au front républicain, ils n’ont pas toujours pu exprimer leur véritable préférence politique. La configuration inédite d’un Parlement sans majorité présente en outre une image confuse. Sans plébisciter un programme de gouvernement, les électeurs ont, dans leur majorité, exprimé avant tout le refus d’un gouvernement dirigé par le RN. Et ils ont créé une situation où l’arithmétique la plus élémentaire commande de construire une coalition.
Un long chemin
Après la trêve olympique, le débat politique a repris au point mort où il était après les élections législatives : beaucoup d’agitation pour cacher une inertie calculée dont chacun croit pouvoir tirer profit. De tous côtés dominent des discours d’intransigeance alors que l’équation d’un Parlement fragmenté appelle, au contraire, négociations et conciliations.
Les partis se trouvent pourtant devant une occasion positive à saisir pour faire évoluer notre fonctionnement politique et donner enfin consistance à la nature parlementaire de la Ve République longtemps écrasée par le « fait majoritaire ». Puisque le Président n’a pas de majorité et que toutes les formations politiques s’en trouvent elles-mêmes très éloignées, c’est aux députés et aux groupes parlementaires de faire preuve d’esprit de responsabilité pour retrouver un rôle central dans la détermination du prochain gouvernement. Mais la phase d’apprentissage semble à peine entamée et s’annonce longue… Ni le Président ni les partis n’agissent comme on pourrait l’attendre dans une démocratie parlementaire normale. Il est désormais évident que le présidentialisme qui a dominé le premier mandat d’Emmanuel Macron n’a plus cours. Reste à en tirer les conséquences à l’Elysée aussi bien qu’au Palais Bourbon.
Pendant que l’actualité politique nationale piétinait, l’actualité internationale s’est au contraire accélérée, notamment aux frontières de l’Europe. Le front militaire s’est de nouveau animé au milieu de l’été en Ukraine. L’armée ukrainienne semblait acculée à une stratégie défensive depuis plusieurs mois, bloquée par le manque d’armements et les difficultés de recrutement de nouvelles forces. Pourtant, c’est une stratégie offensive qu’elle a choisie en lançant ses forces pour la première fois sur le territoire russe. Au-delà de la surprise, comment comprendre cette décision ? Et quelles conséquences peut-on en attendre ?
L’évolution de la guerre en Ukraine domine largement les enjeux des élections qui auront lieu en octobre prochain en Géorgie. Ce pays, désormais candidat reconnu à l’entrée dans l’Union européenne, est dirigé par un oligarque qui ne peut plus masquer sa dépendance au bon vouloir du Kremlin. Même si la population est largement pro-européenne, les conditions particulières du vote permettront-elles un changement d’orientation du pouvoir ? Les très grandes mobilisations du printemps dernier contre une loi répressive à l’encontre de la société civile annoncent-elles le crépuscule de l’influence russe sur le pays ?
NOS ARTICLES DE LA SEMAINE
#Gouvernement
La course à l’inertie
Pendant que les Français s’enthousiasmaient cet été pour les Jeux Olympiques, la classe politique a choisi pour sa part de se livrer à un tout autre spectacle : celui de l’immobilisme calculé. Les revendications tapageuses autour du poste de Premier ministre cachent en réalité la peur de gouverner : peur de négocier avec d’autres forces politiques un programme de coalition ; peur, surtout, de compromettre ses chances lors d’un prochain duel présidentiel qu’un blocage institutionnel pourrait bien accélérer. Mais qui a intérêt à précipiter la crise politique ?
#Politique
Si nous étions dans une démocratie parlementaire normale…
Alors qu’on se plaint souvent du présidentialisme français, la configuration politique actuelle pourrait être l’occasion de retrouver la nature parlementaire de la Ve République. A condition toutefois que le Président de la République accepte de tenir son rôle d’arbitre et que les partis politiques reconnaissent qu’on ne fait pas une majorité à 47 ni à 193. Mais, au vu des semaines écoulées, on peut craindre que l’apprentissage d’un fonctionnement parlementaire en coalition, pourtant banal dans la plupart des démocraties européennes, nous prenne encore quelque temps.
#Géorgie
La Géorgie entre espoir d’Europe et influence russe
La population géorgienne a multiplié les manifestations pro-européennes ces derniers mois. En cause : une loi d’inspiration russe votée par le Parlement, ouvrant la porte à une répression des ONG mais aussi des médias indépendants. Pourquoi le parti au pouvoir a-t-il imposé une loi aussi impopulaire ? Dans ce pays partiellement occupé après l’intervention russe d’août 2008 en Ossétie du Sud et en Abkhazie, quelle est l’influence russe sur le pouvoir ? Et quelles sont les attentes de la population, alors que l’Union européenne a accepté la candidature du pays à l’UE et que les prochaines élections législatives auront lieu le 26 octobre ?
#Ukraine
Opération Koursk : quelle est la stratégie de l’Ukraine ?
Défiant les attentes, l'audacieuse opération ukrainienne de Koursk cherche à remodeler la dynamique de la guerre. Le 6 août, des premiers rapports ont fait état d'une incursion ukrainienne non confirmée dans la région russe de Koursk. Ce n'est que le 12 août que le commandant en chef de l'armée ukrainienne, Oleksandr Syskyi, a confirmé que l'offensive était une opération ukrainienne. Quel est l'objectif de ces opérations ? Quelles sont les stratégies et les tactiques à la base de ces opérations ?
LE RAPPORT TERRA NOVA DE LA SEMAINE
La santé mentale des jeunes placés de l’Aide sociale à l’enfance |
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