Municipales : promesses, non-dits et impasses – La Lettre de La Grande Conversation de Terra Nova

9 au 13 mars

C’est une campagne de proximité qu’il faut mener pour gagner une élection municipale, une campagne de contact, de porte à porte, qui favorise souvent l’ancrage local et les maires sortants. Pour une part croissante des électrices et des électeurs, c’est cependant par les réseaux sociaux que les candidates et candidats se font connaître. La capacité des réseaux de promouvoir des contenus et des vidéos dans une complète opacité fait désormais peser un risque majeur sur les conditions de la compétition électorale.

L’ÉDITO

Municipales : promesses, non-dits et impasses

Après une campagne électorale en partie éclipsée par l’actualité internationale en Ukraine et au Moyen Orient, les élections municipales sont lancées. La prédominance des enjeux locaux rend impossible de proposer une image d’ensemble de l’élection. Des questions transversales retiennent cependant l’attention. Tout d’abord, la capacité du Rassemblement national, porté par des sondages favorables à l’échelle nationale, de trouver un ancrage local. Le RN a affiché la volonté de franchir un seuil de crédibilité locale, jusqu’à présent particulièrement modeste. L’examen des listes déposées auprès du ministère de l’Intérieur confirme que la réalité du terrain reste loin de l’ambition de 650 listes, affichée par le parti d’extrême droite. On dénombre 482 listes, soit environ 18 500 candidats, un chiffre cependant supérieur aux précédentes réalisations du parti. Les cartes montrent cependant de larges pans de territoires sur lesquels le parti fait l’impasse, y compris là où le RN a recueilli des scores élevés aux élections européennes ou législatives.

La question de la sécurité locale s’est imposée comme un thème omniprésent de campagne. Beaucoup de promesses sont faites en la matière dans les prospectus électoraux, y compris par les listes de Gauche. Une surenchère verbale qui ne sera suivie d’aucun effet concret, nombre d’entre elles étant irréalisables en raison de la répartition des compétences entre police nationale et police municipale. En raison également, souligne Jean-Louis Missika, de la qualification juridique des infractions. A Paris et dans nombre d’autres villes, les nuisances liées aux points de deal ne peuvent pas être traitées par une police municipale, et les amendes pour les incivilités dues aux dépôts d’ordure ou à l’affichage sauvage ne sont pas fixées par les maires, quoi qu’en disent les candidates et candidats.

A Paris, outre les promesses sur la sécurité, tous les programmes affichent leur volonté de « verdir » la ville. Cependant, si l’on regarde, au-delà de l’affichage, le contenu environnemental des programmes, on constate que le sérieux des propositions reste très variable. Un tableau comparatif permet d’y voir plus clair dans le nombre de leviers de changement envisagés, dans le détail des mesures et dans leur financement. Une candidate se distingue particulièrement par sa désinvolture à l’égard des sujets environnementaux, certaines de ses propositions allant même à rebours de la réduction de la pollution en ville.

Les bons scores de cette candidate sur les réseaux sociaux, particulièrement sur X, ont été remarqués. Des études précises sur leur diffusion permet de montrer que Sarah Knafo a bénéficié d’une considérable promotion de ses contenus par le réseau social d’Elon Musk. Ce qui est d’ailleurs cohérent avec sa volonté déclarée de favoriser la progression de l’extrême droite en Europe. Une manipulation d’autant plus inquiétante qu’une partie des électeurs, et surtout des plus jeunes d’entre eux, ne suivent la campagne que sur les réseaux sociaux.

Une autre métropole mérite un focus précis : Grenoble où le maire sortant, Éric Piolle, ne se représente pas. Le retour inattendu d’Alain Carignon a exacerbé les divisions dans la ville. Dans une ambiance de personnalisation des conflits, l’invocation répétée de la participation citoyenne semble tourner à vide, alors même que la ville a été un laboratoire de la participation locale. C’est à l’échelle de la métropole et de ses 49 communes, selon Alain Faure, qu’un projet commun porteur d’avenir pourrait s’inventer.

#Municipales2026

Municipales 2026 : la surenchère des promesses intenables sur la sécurité

À une semaine du premier tour des municipales, les candidats à la mairie de Paris rivalisent de promesses sur la sécurité et la propreté. Rachida Dati veut 5 000 policiers municipaux armés. Sarah Knafo sera « impitoyable ». Emmanuel Grégoire promet 1 000 postes supplémentaires. C'est à qui tapera le plus fort sur la table. Mais il y a un petit problème : il n'y a pas de table. L'essentiel des pouvoirs en matière de sécurité et de répression des incivilités échappe aux maires et reste entre les mains de l'État central.

Municipales 2026 : le RN, ses déserts et ses impasses

Faiblement implanté au niveau local, le RN, fort de ses succès aux élections européennes et législatives, entend se renforcer à la faveur des municipales. Encore lui faut-il pour cela parvenir à présenter un nombre suffisant de listes pour espérer gagner des mairies. La réalité des chiffres reste très en-deçà des annonces du parti.

La métropole grenobloise, laboratoire politique déboussolé

Dans les 49 communes de la métropole grenobloise, la campagne électorale des partis met en avant l’attention au citoyen. Mais cette valorisation de la citoyenneté, dessinant un « municipalisme des émotions », n’a plus rien de commun avec l’engagement militant qui a longtemps caractérisé la vie grenobloise et traduit l’affaiblissement des partis, leur désorientation et l’exacerbation des conflits personnels au sein de chaque camp.

Tous écologistes ? Ce que révèlent les programmes municipaux parisiens

Les programmes des cinq principales listes pour la mairie de Paris peuvent donner l’impression d’un consensus inédit autour de la transition écologique. Tous les candidats ou presque affichent des objectifs de rénovation des bâtiments, de transformation des mobilités ou d’adaptation de l’espace public. Cependant, une analyse plus attentive révèle des différences importantes, présentées ici dans un tableau synthétique. Les programmes divergent par le niveau de précision de leurs mesures, par le nombre de leviers mobilisés et par la manière dont ils envisagent leur financement. Une candidate se distingue en particulier par la faiblesse de ses propositions sur l’environnement.

Sarah Knafo et Elon Musk : une histoire classée X

Il y a des mystères qui n'en sont pas. Quand une vidéo montrant Sarah Knafo croquer une baguette à pleines dents recueille 1,8 million de vues sur X, soit trente fois plus qu'une vidéo où la même candidate fabrique consciencieusement son pain — et qui affiche pourtant de meilleurs indicateurs d'engagement —, on peut attribuer cette performance à la qualité de la communication de la candidate de Reconquête aux municipales parisiennes de 2026. On peut aussi se demander si la main invisible du marché n'est pas, en l'occurrence, singulièrement charnue, et si elle n'appartient pas à un certain Elon Musk. C'est la question qu'a posée l'Institut Arago dans deux études publiées en février et mars 2026, portant respectivement sur les performances des vidéos des candidates à la mairie de Paris durant les mois de janvier et de février. Les résultats sont, pour user d'un euphémisme, troublants.

LE RAPPORT DE LA SEMAINE

Série « Pour une refondation de la politique de logement »

Le devenir d’Action Logement : accélérer vers l’impasse ou engager la rupture ?

Par Bruno Arbouet et le groupe Logement de Terra Nova

Les employeurs évoquent souvent la difficulté des salariés à se loger pour expliquer leurs difficultés de recrutement. Les entreprises cotisent précisément à Action Logement (anciennement 1% Logement) pour aider à loger leurs salariés. Mais la persistance des difficultés sur le marché du logement et la tentation récurrente de l’Etat de ponctionner les ressources et de mobiliser Action Logement à de nouvelles fins conduisent ce système dans une impasse. Une rupture de trajectoire s’impose donc.

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