23 au 27 mars
Dans un paysage politique plus fragmenté que jamais, les résultats des élections municipales sont difficiles à transposer à l’échelle nationale. La bataille du commentaire est d’autant plus intense sur les leçons à en tirer pour les prochaines échéances. Deux questions ont été particulièrement disputées cette semaine : quel bilan tirer des alliances à gauche ? Où en est l’implantation locale du RN ?
Les alliances de deuxième tour ont largement nourri les commentaires politiques après le vote du 22 mars. Sans ligne nationale cohérente, les candidats socialistes ont accepté ou refusé des alliances avec La France Insoumise. Pour quel résultat ? En regardant précisément les résultats dans les villes de plus de 100 000 habitants, Suzanne Gorge montre que les électeurs de gauche ont plutôt accompagné les alliances en amplifiant le mouvement en faveur de la gauche. En revanche, les électeurs du Rassemblement national, face à ces listes de gauche unie, ont plus facilement porté leur voix sur les listes de droite traditionnelle, réalisant dans les urnes la fusion des droites.
Le RN, sans obtenir de résultat marquant dans une grande ville, poursuit son implantation « en halo » autour de ses fiefs municipaux ou dans les circonscriptions gagnées aux dernières législatives. Les chiffres montrent une géographie singulière du RN, centrée sur quelques régions, au Nord et au Sud, avec de nombreuses lacunes territoriales, ce qui rend incertain tout commentaire national de ces résultats. Il est sûr en revanche qu’avec plus de 3 000 conseillers municipaux, le RN double son score par rapport à 2014.
En dédramatisant la perspective de banalisation du RN, des commentateurs renvoient parfois à la situation italienne, où Georgia Meloni ferait preuve d’adresse dans la conduite de sa politique. Pour preuve, la bonne santé économique du pays. En y regardant de plus près, Thierry Pech démonte chaque pièce du dossier : croissance, déficits budgétaires, dette, exportations… L’appartement témoin de l’extrême droite européenne ne renvoie qu’une bonne image superficielle, les difficultés du pays n’étant pas traitées sur le fond.
La campagne municipale a été en partie éclipsée par une actualité internationale pesante avec l’attaque israélo-américaine sur l’Iran. Trump et Netanyahou célèbrent leurs bombardements mais ne disent rien de leurs objectifs de guerre. L’absence de perspective politique de ces opérations fait craindre un enlisement. Dans un message en ligne, le Président américain a posté un message révélateur, reconnaissant, comme le montre Jean-Louis Missika, que le conflit lui échappe. La supériorité militaire ne peut pas masquer l’impasse stratégique dans lequel Trump s’enfonce un peu plus chaque jour.
Chaque année en France, 20% de la population est touchée par un trouble psychique, soit 13 millions de personnes. « Grande cause nationale » en 2025 et 2026, la santé mentale est un sujet désormais davantage présent auprès du grand public, notamment depuis la crise sanitaire. Le chemin reste cependant long à parcourir, montre Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale de l’Alliance pour la santé mentale. Notamment pour montrer que la santé mentale n’est pas une question uniquement sanitaire : les familles, le monde du travail, la jeunesse, l’éducation, les collectivités locales, le champ de l’inclusion et du handicap… doivent se sentir concernées par le sujet et s’en emparer.
Puisque tout le monde a crié victoire au soir du second tour des élections municipales, il est normal que le RN se soit considéré comme vainqueur du scrutin et revendiqué une « percée historique ». Sa progression est d’ailleurs indéniable. Mais le parti partait de loin, et sa progression est très inégale, en particulier d’un point de vue territorial puisqu’il se conforte d’abord dans les bastions où il est bien implanté et que la carte de ses conquêtes laisse de larges zones désertiques.
L’analyse des résultats des élections municipales dans les villes de plus de 100 000 habitants de France métropolitaine a déclenché de vifs débats sur la pertinence des fusions entre les listes de gauche (PS, Verts, etc.) et les listes LFI. Parmi ceux qui ont vilipendé ces alliances d’entre-deux tours, certains ont mis en avant le fait qu’en dernière analyse, elles ont fait perdre la gauche en suscitant le rejet des électeurs. Les cas de Limoges, Toulouse, Brest ou Besançon sont ici régulièrement brandis comme pièces à conviction. Cette analyse se vérifie-t-elle dans les chiffres ?
Appartement-témoin des extrême-droites européennes, l’expérience du gouvernement Meloni est mise en avant par beaucoup de sympathisants RN ou Reconquête! en France comme preuve de crédibilité. Les nouvelles économiques semblent corroborer ce jugement aux yeux des milieux d’affaires hexagonaux : redressement des comptes publics, baisse du chômage, balance commerciale excédentaire, hausse du PIB par habitant… Finalement, l’élection d’une majorité d’extrême-droite ne serait pas forcément un drame.
La Grande Conversation fait le bilan de la première année Grande cause nationale santé mentale avec Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale de l'Alliance pour la Santé Mentale qui a porté, aux côtés du Collectif « Santé mentale Grande cause nationale », un plaidoyer pour faire de la santé mentale la Grande cause nationale de 2025 et 2026.
Le 14 mars 2026, au seizième jour de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, Donald Trump publie sur Truth Social un message qui, au-delà de sa forme chaotique, agit comme un révélateur. Rarement un texte politique aura condensé avec autant de netteté l’écart entre le récit d’une victoire proclamée et la réalité d’un conflit qui échappe à son initiateur. Car ce message ne dit pas seulement l’improvisation ou la confusion. Il expose, presque malgré lui, l’impasse stratégique dans laquelle se trouve désormais Washington : celle d’un affrontement asymétrique où la supériorité militaire classique ne permet ni de contrôler le tempo ni d’atteindre les objectifs politiques.
Série « Pour une refondation de la politique de logement » Pour un soutien raisonné à l’accession à la propriétéPar Bernard Coloos et le groupe Logement de Terra Nova Le souhait de devenir propriétaire de son logement est largement partagé par les Français. Aussi les aides publiques en ce sens sont-elles populaires. Elles sont aussi couteuses et, en réalité, peu efficaces dans leur forme actuelle. Elles devraient être repensées, en distinguant en particulier les dispositifs entre les zones tendues et les zones détendues pour mieux accompagner les accédants sans grever les ressources publiques. |
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