19 au 23 janvier
Devant une actualité chaque jour plus déroutante, on ne peut se résoudre au chaos ni plaquer des explications toutes faites sur un réel qui nous échappe. Il faut essayer de comprendre les forces sous-jacentes aux mouvements apparemment imprévisibles. Celles-ci sont parfois matérielles, mais pas toujours. L’idéologie aussi joue un rôle, parfois prépondérant, dans les décisions politiques. Les idées comptent.
Le rapprochement de la Silicon Valley avec Trump depuis un an ne s’explique pas seulement par l’opportunisme, plus ou moins contraint, des entrepreneurs qui ne peuvent ignorer le poids de la politique sur leurs affaires. Plus profondément, nous expliquent Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, on peut identifier une convergence idéologique entre les prophètes des nouvelles technologies et des « penseurs » post-libéraux et post-démocratiques américains. L’Europe concentre leur hostilité parce qu’elle représente à leurs yeux une forme de décadence avancée, où prédominent la règle de droit, les institutions démocratiques et la volonté de coopérer. Derrière les propos incohérents et les impulsions contradictoires de l’homme de la Maison Blanche, des idéologues organisent, avec une partie du monde des affaires, un avenir technofasciste.
En relations internationales également, des idéologues mettent en forme un projet alternatif au multilatéralisme de l’après-guerre. L’intervention américaine au Venezuela et les revendications territoriales sur le Groenland expriment une vision selon laquelle la paix collective serait mieux garantie par un partage du monde en « grands espaces ». Cette idée évoque les thèses du juriste allemand Carl Schmitt qui contestait l’idée d’un ordre international fondé sur le droit. Jean-Yves Pranchère et Marc-Olivier Padis discutent de la pertinence de la référence à ces travaux pour lire la situation internationale aujourd’hui, et particulièrement les ambitions des acteurs néo-autoritaires.
En France, le Sénat débattait cette semaine du projet de loi sur la fin de vie. Le vote favorable de l’Assemblée nationale n’a pas été suivi par les sénateurs. L’avenir du texte se jouera probablement à l’Assemblée nationale dans les semaines qui viennent. Avant le vote, les sénateurs avaient mené des auditions d’associations de patients, de médecins et de spécialistes d’éthique médicale. Nous publions ici une série d’interventions éclairant les points les plus discutés de ce projet, des interventions que les sénateurs n’ont pas jugé utile de rendre publiques après les auditions. Alors que le débat au Sénat cette semaine est apparu expéditif et confus, la fin de vie mérite un espace de débat politique préservé et transparent, éclairé par la voix des experts et à l’écoute des patients.
Les immigrés sont-ils un atout pour l’économie française ? Les derniers chiffres de l’Insee montrent l’évolution progressive du profil de la main d’œuvre immigrée en France : plus diplômée, plus féminine, plus active. De quoi contredire les préjugés et les slogans populistes.
Trump 2 met en œuvre un programme beaucoup plus résolu encore que celui du premier mandat. Autour de lui, différents courants avancent leur agenda. On observe en particulier une convergence inattendue entre les courants réactionnaires et les apôtres des nouvelles technologies. Ce qui les unit, ce ne sont pas des principes communs mais des ennemis désignés : les institutions démocratiques, le droit international, le multilatéralisme et le droit positif.
Adopté en mai 2025 par l’Assemblée nationale par 305 voix contre 199, le droit d’être aidé à mourir serait la réforme sociétale la plus importante depuis le mariage pour tous. Mais ce nouveau droit, porté par une proposition de loi du député Modem Olivier Falorni, doit à présent poursuivre son parcours législatif au Sénat. Ce texte crée un "droit à l’aide à mourir" consistant à "autoriser et à accompagner" un malade qui le souhaite à s’administrer une substance létale, ou à se la faire administrer s’il n’est "pas en mesure physiquement d’y procéder". Ce droit est soumis à des conditions d’accès strictes, qui ont été largement discutées dans l’espace public et à l’Assemblée ces dernières années, comme nous en avons rendu compte dans notre dossier depuis 2022.
L’intervention éclair des Américains au Venezuela et la menace d’une appropriation du Groenland transgressent ouvertement les règles minimales du droit international. Mais à quelle logique alternative peut-on les rattacher ? On a beaucoup dit que Trump suivait une politique « transactionnelle », à la recherche de « deals » avec ses interlocuteurs. À moins de considérer que le cambriolage, le racket, l’extorsion et le chantage sont des formes normales du « deal », ce n’est nullement le cas dans ces opérations qui ne relèvent d’aucune négociation ni d’aucun accord. Dès lors, peut-on identifier une inspiration ou une ligne directrice à la politique extérieure trumpienne ?
Chapitre 0 Pour une refondation de la politique de logementPar Jean Bosvieux, Bernard Coloos et le Groupe Logement de Terra Nova Les réflexions de la présente note sont formulées en amont de la publication d’une série de contributions visant les grands thèmes d’une politique du logement : la répartition des compétences, les aides à la personne, la fiscalité, la transition énergétique, l’accession à la propriété, le logement social, l’utilisation du parc existant et son renouvellement, l’hébergement et le régime de la propriété foncière. Elles s’inscrivent dans une vision à moyen et long terme, en dépassant les préoccupations immédiates en réaction à la situation conjoncturelle du secteur. |
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